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vendredi 14 février 2014

Very Interesting.

Tim Hecker, Black Refraction, 2013. 

In Zen they say : if something is boring for two minutes, try it for four. If still boring, try it for eight, sixteen, thirty-two, and so on. Eventually one discovers that it's not boring at all but very interesting.

vendredi 28 juin 2013

Par Rafales.

Mark A. Reynolds, Minor Third Series: Harmonics, 2011.

Frédéric Lagnau, Jardins Cycliques, 2000.

Je conçois la philosophie comme une logique des multiplicités (je me sens proche de Michel Serres à cet égard). Créer des concepts, c'est construire une région du plan, ajouter une région aux précédentes, explorer une nouvelle région, combler le manque. Le concept est un composé, un consolidé de lignes, de courbes. Si les concepts doivent constamment se renouveler, c'est justement parce que le plan d'immanence se construit par région, il a une construction locale, de proche en proche. C'est pourquoi ils opèrent par rafales : dans Mille plateaux, chaque plateau devrait être une telle rafale. Mais ça ne veut pas dire qu'ils ne soient l'objet de reprises et de systématicité. Au contraire, il y a une répétition comme puissance du concept : c'est le raccordement d'une région à une autre. Et ce raccordement est une opération indispensable, perpétuelle, le monde comme patchwork.

Gilles Deleuze, Sur la Philosophie in Pourparlers, 1972-1990, Éditions de Minuit, 1990, p.201.

vendredi 28 septembre 2012

The Connectome.


EPFL, Blue Brain Project, 2012.

Romain Bironneau et al., China Inc., Les Presses de Sciences Po, 2012.

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Quand la bureaucratie russe a enfin réussi à se défaire des traces de la propriété bourgeoise qui entravaient son règne sur l'économie, à développer celle-ci pour son propre usage, et à être reconnue au-dehors parmi les grandes puissances, elle veut jouir calmement de son propre monde, en supprimer cette part d'arbitraire qui s'exerçait sur elle-même : elle dénonce le stalinisme de son origine. Mais une telle dénonciation reste stalinienne, arbitraire, inexpliquée, et sans cesse corrigée, car le mensonge idéologique de son origine ne peut jamais être révélé. Ainsi la bureaucratie ne peut se libéraliser ni culturellement ni politiquement car son existence comme classe dépend de son monopole idéologique qui, dans toute sa lourdeur, est son seul titre de propriété. L'idéologie a certes perdu la passion de son affirmation positive, mais ce qui en subsiste de trivialité indifférente a encore cette fonction répressive d'interdire la moindre concurrence, de tenir captive la totalité de la pensée. La bureaucratie est ainsi liée à une idéologie qui n'est plus crue par personne. Ce qui était terroriste est devenu dérisoire, mais cette dérision même ne peut se maintenir qu'en conservant à l'arrière-plan le terrorisme dont elle voudrait se défaire. Ainsi, au moment même où la bureaucratie veut montrer sa supériorité sur le terrain du capitalisme, elle s'avoue un parent pauvre du capitalisme. De même que son histoire effective est en contradiction avec son droit, et son ignorance grossièrement entretenue en contradiction avec ses prétentions scientifiques, son projet de rivaliser avec la bourgeoisie dans la production d'une abondance marchande est entravée par ce fait qu'une telle abondance porte elle-même son idéologie implicite, et s'assortit normalement d'une liberté indéfiniment étendue de faux choix spectaculaires, pseudo-liberté qui reste inconciliable avec l'idéologie bureaucratique.


Guy Debord, La Société du Spectacle, Editions Gallimard, coll. Folio, 1992 (1967), p.106-107. 


Merci à M.S., G.H. et R.B.

mardi 11 octobre 2011

Cathedral Scan.

Blake Carrington, Cathedral Scan, 2011.

Cathedral Scan translates the architectural plans of Gothic cathedrals into open-ended musical scores. Through a custom Max/MSP/Jitter patch, laptop and MIDI controllers, the plans are sonified in a real-time performance of image and sound. Rich organ-like harmonics and unique rhythmic signatures emerge from each graphic icon in a live scanning process.

Groups of scanners filling the sonic spectrum may act in synch, forming a single harmonically-dense rhythm, or they may scan the plans at different speeds, resulting in complex polyrhythms. Each plan is treated as a modular score, with a distinct rhythm and timbre of its own. Also, by varying the speed and intensity of each scanning group, drone-like sounds may emerge based on the “resonant frequency” of the black and white plan.

Visually, the scanning reveals the graphic structure. Smoke-like wisps appear and fade away as the scanners make each pass, suggesting a metaphor between architecture and ghost-like palimpsest. An empty white field surrounds each plan, placing them in a minimal landscape that is both flat and expansive.

Blake Carrington, Cathedral Scan, 2009-2011.

lundi 3 octobre 2011

Exister & Différer.

Ari Versluis & Ellie Uyttenbroek, Les Filles du 7e, 2008 (via Exactitudes).

Quand on sait que Tarde a écrit que' "exister, c'est différer" et a essayé, au tournant du siècle, de restituer la dynamique propre de la différence et de donner "la différence pour but même à elle-même", on comprend tout l'intérêt de Deleuze pour cette sociologie nourrie de philosophie leibnizienne. Tarde refuse toute chosification du social. Il part de l'idée que les représentations collectives ne sont pas un donné, mais un construit, qu'elles sont travaillées par des courants d'imitation et des mouvements d'invention. "Tarde s'intéresse plutôt au monde du détail, ou de l'infinitésimal: les petites imitations, oppositions et inventions, qui constituent toute une matière sub-représentative". Durkheim et son école ont accusé Tarde de vouloir rabattre la sociologie sur une psychologie ou une inter-psychologie, ayant la prétention d'expliquer le social par l'individuel: "Tarde ne s'en est jamais relevé". Il a donc été évincé des sciences humaines sur un contresens à grande efficacité polémique. Or il n'a jamais voulu dire que l'imitation relevait d'une logique individuelle, mais qu'elle "se rapporte à un flux ou à une onde, et non pas à l'individu. L'imitation est la propagation d'un flux. D'où l'importance pour Tarde des calculs infinitésimaux, de la statistique en général, pour saisir à l'état moléculaire les transformations les plus infimes dans le champ des croyances et des désirs. Faire de la microsociologie à la manière dont Tarde l'a inventé, "c'est faire l'étude des ondes de propagation de croyance et de désir qui parcourent le champ social".

Juriste, Tarde s'est confronté aux théories biologistes sur la criminalité défendues par Lombroso qui avait envisagé l'idée d'une explication sociale de l'acte criminel, tout en se distinguant de Durkheim et de sa thèse de la criminalité comme phénomène "normal" au plan social, non imputable à des acteurs singuliers. Ce combat sur un double front n'a pas contribué à donner de la visibilité à ses thèses. Contre toute forme de réductionnisme, Tarde s'appuie sur le savoir biologique avec la compétence statistique.

Comme le souligne Éric Alliez, le projet de Tarde s'inscrit dans une perspective leibnizienne: "On ne saurait projeter d'autre départ que leibnizien". Tarde s'inspire en effet de Leibniz pour déployer une forme de panvitalisme de l'infinitésimal. Durkheim a réussi à faire passer Tarde pour un psychologiste promoteur d'une méthode purement individualiste et soumise à un naturalisme biologique alors qu'il a voulu construire une sociologie à vocation universelle, mais fondée sur une approche faisant place aux différences, aux multiplicités du vivant selon le principe leibnizien qu'une monade singulière contient le monde en son entier. Son problème est d'emblée d'ordre sociologique. Il met en avant un vecteur à l'oeuvre dans la société, une sorte de désir propre à chaque monade, "un sens au plus près de la force". Une logique de la puissance d'être d'ordre spinozienne se trouve à l'oeuvre et oriente le désir vers un avoir: "Il y a donc chez Tarde un pouvoir constituant du socius". On comprendra aisément en quoi Deleuze ne peut qu'être séduit par ce matérialisme vitaliste pleinement orienté vers la libération de la pluralité des forces, transformant la conception de Durkheim suivant laquelle la société est une chose en vitalisme social. Lorsque Deleuze, dans sa thèse en 1968, et encore avec Guattari en 1980, insiste sur l'apport de Tarde, il parle dans un désert. Mais cette réappropriation revêt un aspect prophétique: on constate en France depuis la fin des années 1990 un "effet Tarde" d'autant plus percutant qu'il a, si l'on ose dire, été re-tardé.

François Dosse, Gilles Deleuze Félix Guattari, Biographie Croisée, Éditions La Découverte, 2007, p.198-199.

Voir également ici

mercredi 28 septembre 2011

Golden Record.

NASA, The Golden Record, 1978.

Face A:


Face B:


Pioneers 10 and 11, which preceded Voyager, both carried small metal plaques identifying their time and place of origin for the benefit of any other spacefarers that might find them in the distant future. With this example before them, NASA placed a more ambitious message aboard Voyager 1 and 2 - a kind of time capsule, intended to communicate a story of our world to extraterrestrials. The Voyager message is carried by a phonograph record - a 12-inch gold-plated copper disk containing sounds and images selected to portray the diversity of life and culture on Earth.

The contents of the record were selected for NASA by a committee chaired by Carl Sagan of Cornell University, et. al. Dr. Sagan and his associates assembled 115 images and a variety of natural sounds, such as those made by surf, wind and thunder, birds, whales, and other animals. To this they added musical selections from different cultures and eras, and spoken greetings from Earth-people in fifty-five languages, and printed messages from President Carter and U.N. Secretary General Waldheim. Each record is encased in a protective aluminum jacket, together with a cartridge and a needle. Instructions, in symbolic language, explain the origin of the spacecraft and indicate how the record is to be played. The 115 images are encoded in analog form. The remainder of the record is in audio, designed to be played at 16-2/3 revolutions per minute. It contains the spoken greetings, beginning with Akkadian, which was spoken in Sumer about six thousand years ago, and ending with Wu, a modern Chinese dialect. Following the section on the sounds of Earth, there is an eclectic 90-minute selection of music, including both Eastern and Western classics and a variety of ethnic music. Once the Voyager spacecraft leave the solar system (by 1990, both will be beyond the orbit of Pluto), they will find themselves in empty space. It will be forty thousand years before they make a close approach to any other planetary system. As Carl Sagan has noted, "The spacecraft will be encountered and the record played only if there are advanced spacefaring civilizations in interstellar space. But the launching of this bottle into the cosmic ocean says something very hopeful about life on this planet".


Merci à A.H.

mardi 27 septembre 2011

Imagination Atrophiée.

CERN, Visualisation Graphique d'Expérience du LHC, 2011 (voir ici).

CERN, Visualisation Graphique d'Expérience du LHC, 2011 (voir ici).

CERN, Visualisation Graphique d'Expérience du LHC, 2011 (voir ici).

 

[Montage sonore: Professor Bourbaki & Guif, Archéologie du Futur, initialement diffusé sur Silicon Radio, 2011.]

dimanche 4 septembre 2011

Des Ondes.

Georges FranjuJudex, 1963. 


Curieuse éruption de l'ère du temps, le concept nébuleux d'hantologie englobe une somme d'oeuvres et de démarches artistiques parmi les plus passionnantes et insondables de ces dernières années. Parcours express et u(chronologique), histoire de voir un peu plus claire entre les trous de ver.

Kesako "hantologie"? Néologisme emprunté au philosophe Jacques Derrida, ce cousin homophonique de l'ontologie fait son apparition en 1993 dans l'ouvrage Spectres de Marx et recouvre un vaste champ théorique plus small encore que l'ontologie elle-même, hanté de spectres qui ne cessent de revenir "disloquer le temps" et qui serait la logique de notre époque désincarnée. Plus prosaïquement, "hantologie" est une expression en vogue dans la galaxie des bloggers férus de théorie musicale, assimilé depuis peu à un terme générique qui n'a plus grand chose à voir avec son aîné philosophique. Il a suffi de quelques journalistes britanniques influents (Simon Reynolds, Mark Fischer, Ken Hollings) pour transposer le mot-sésame dans un tout autre contexte, servant désormais à identifier l'une des lignes de fuite les plus intrigantes de notre zeitgeist audiovisuel. De fait, le terme "hantologie" est un spectre en soi: il ne désigne aucun genre musical défini, il n'est revendiqué par aucun artiste et sa trace chimérique peut être pistée à travers un nombre incalculable de disciplines et de territoires.

Présence(s) du futur

Quelques indices signalent seulement sa présence cryptique: géographiquement, "l'Old Weird England", fièrement autarcique, plutôt que l'Old Weird America capturé par Harry Smith dans son Anthology of American Fold Music, mais aussi quelque galaxie éloignée ou tout autre Ailleurs impénétrable et occulte; esthétiquement, une affection presque fétichiste pour les inquiétantes "auras" sonores (distance et craquements, ondulations et grincements), mais aussi pour la littérature fantastique de l'époque victorienne (Lovecraft, Arthur Machen, Algernon Blackwood, CS Lewis, Mervyn Peake) et pour l'âge d'or des films d'horreur et de science-fiction; thématiquement une fascination pour la boîte de Pandore ésotérique (ufologie, hypnose, spiritisme, satanisme, sorcellerie, sociétés secrètes, magie noire, guerre froide, radioactivité, EVP, LSD...) et ses résidus psychiques; enfin, un amour fou pour la magie des synthétiseurs archaïques (Ondes Martenot, Theremin, Electronium, Trautonium, Moog, EMS...) et les sédiments technologiques (noir et blanc granuleux, technicolor virant sépia, VHS crapoteuses) qui ont modelé de manière irréversible l'imaginaire de nos enfances. Plus généralement encore, c'est toute une nostalgie du futur, ou plutôt de cette époque où le futur s'incarnait encore dans les arts et les esprits, qui hante des oeuvres mi-extralucides, mi-assoupies, où la quiétude champêtre d'un cottage anglais côtoie l'épiphanie surnaturelle, l'humour noir et la poésie onirique. Comme l'explique le blogger américain Richard Crary (yolacrary.blogspot.com): "C'est un sentiment de déconnexion temporelle qui est au coeur de l'hantologie. Cela n'a rien à voir avec un retour du passé, mais avec le fait que son origine est en elle-même spectrale. Nous vivons dans un temps où le passé fait office de présent, et le présent est saturé de passé. L'hantologie apparaît comme une alternative cruciale - culturellement autant que politiquement - à une vision linéaire de l'Histoire et au revival permanent du postmodernisme". Ni resucée ni pastiche, mais juxtaposition baroque de références empruntées aussi bien à la fin du XIXe siècle qu'à l'aube des années 1980, et dont le fil d'Ariane n'est autre que le spectre électro-magnétique, omniprésent dans les grandes découvertes du siècle dernier et bouc-émissaire de nos angoisses contemporaines. Pas question de nostalgie à proprement parler, donc, mais un indice sur une conception renouvelée de l'espace-temps culturel, parsemé de trous de vers, d'interférences et de tunnels cosmiques qui reconstituent le puzzle disjoint de notre inconscient collectif. Une mémoire du futur aussi, que les officines de la culture se sont empressé de reléguer aux oubliettes, plusieurs décennies avant que Youtube ne les rende accessible en l'espace d'un clic. Clairvoyance accrue et réactivation de l'imaginaire sont les objectifs avoués de ces hantologistes, pourvoyeurs d'une nouvelle chair (de poule) sonore.

Julien Bécourt & Olivier Lamm, Hantologie, La Vie Rêvée des Ondes in Chronic'Art, n°61, décembre 2009-janvier 2010, p.66-69.

Voir également ici.

[Extrait sonore: Guy Debord, Les Environs de Fresnes in Enregistrements Magnétiques, Gallimard, collection NRF, 1952-1953 (2010).]